Comment gérer la honte quand on est hypersensible (sans y passer la nuit)
- Coralie Marichez
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Hier, j’étais dans le brouillard. Levée épuisée, le cerveau en compote, je me sentais à bout socialement. J’essayais tant bien que mal de raccrocher les wagons niveau boulot, un peu en mode survie. Les conséquences d'une hyper-sociabilisation du weekend.
À 15h55, mon téléphone sonne : « Oui Coralie, je suis en retard mais j’arrive ! »
Là, mon cerveau connecte.
Merde. Mon RDV de 16h.
J'ai loupé mon rendez-vous. à Lille. Avec une amie entrepreneure que j'apprécie, pour un projet qui me tient extrêmement à cœur.
La honte. L'immense, lourde, étouffante honte...
Je me suis sentie tellement stupide. Tellement à côté de mes pompes...
J'ai fini par quand même prendre la route dans l'urgence (1h de route), j'ai débarqué à 17h20. J'me suis à nouveau excusée. Puis on a pu rattrapé un peu mon retard.
L'ancien pattern : quand l'hypersensibilité se retourne contre soi
Si tu es hypersensible, HPE, HPI ou un profil dit "atypique", tu connais sûrement ce bon vieux schéma...
Avant, je me serais enterrée vivante sous cette honte... J'aurais :
Essayé de m'hyper-justifier.
Envoyé 20 messages pour m'hyper-excuser.
Passé la nuit à ressasser : "À quoi je ressemble ? Je ne suis pas professionnelle. Je suis nulle. J'aurais dû faire ça. Et dire ça comme ça."
J'aurais retraversé une énième crise existentielle : "Je suis pas faite pour ça, qu'est-ce qu'on va faire de moi et qu'est-ce que je vais faire de ma vie"
C'est le cercle vicieux de la sur-adaptation et de la rumination... Notre cerveau sensible ne fait pas juste une erreur, il en fait toute une part de notre identité : "J'ai loupé un RDV" devient "JE SUIS une ratée".
Le déclic : sortir de la guerre contre soi-même
Mais hier, j'ai fait différemment. J'ai refusé de me laisser noyer.
Au lieu de laisser la honte dicter le reste de ma journée, j'ai pris 5 minutes pour me résonner. J'ai évacuer les tensions et les émotions et je me suis reconnectée aux faits et à mes valeurs :
Le fait : Je n'ai jamais raté un RDV en deux ans d'Allers-Retours sur Lille.
La valeur : Je suis quelqu'un d'assidu, de professionnel et de fiable.
La réalité : Ce n'est pas parce que je me plante UNE fois que ça définit qui je suis. Je suis humaine. J'ai le droit d'être épuisée et à côté de mes pompes parfois.
3 étapes pour réguler la honte (quand on ressent tout trop fort)
Alors vous allez me dire, super, mais comment t'as fait ?!
En fait, c'est simple. Pour ne pas laisser mes émotions détruire ma soirée (et mon sommeil), je me suis assurée de :
1. Libérer la pression physiquement (sans jugement) J'ai pleuré un bon coup. Et une fois sur la route, au volant, j'ai crié 3 ou 4 fois. J'avais besoin de faire sortir la colère que j'avais envers moi-même. Les émotions sont de l'énergie en mouvement. Si tu les supprimes, elles rouillent. Si tu les laisses sortir (de façon sécurisée), elles s'évaporent...
2. Le recadrage cognitif (Faits vs Emotions) J'ai arrêté d'écouter le "je suis nulle" de mon cerveau limbique pour écouter le "tu es fiable d'habitude" de mon cortex préfrontal. Une erreur est un événement, pas une identité...
3. Arrêter les excuses à rallonge et passer à l'action : S'excuser 20 fois, c'est chercher indirectement à faire porter à l'autre le poids de notre propre culpabilité. Un vrai "Je suis désolée, j'ai eu un imprévu, je suis vraiment navrée" suffit... J'avoue, celui-ci il est encore difficile pour moi. Je m'excuse encore 5-6 fois... mais une fois les excuses faites, que reste-t-il en mon pouvoir pour réparer l'erreur ? Quel est mon problème et quelle solution ?

Conclusion : Et si la honte n'était qu'une émotion, pas une vérité ?
Résultat ? Cette nuit, j'ai bien dormi.
Je n'ai pas laissé une émotion aussi forte que la honte gâcher 24 heures de ma vie... Mais je l'ai prise par la main afin qu'elle me quitte.
C'est ça, la vraie gestion des émotions. Ce n'est pas ne jamais rater de RDV. Ce n'est pas ne jamais pleurer en réunion. Ce n'est pas faire bonne figure et viser la perfection. C'est savoir revenir à soi quand on dérape, sans s'insulter.
Nos émotions ne sont pas le problème. Le discours et la façon qu'on a de se parler quand elles arrivent, si.





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